vendredi 21 novembre 2008

Le cheval blanc (extrait) de F. Kafka et P. Cousin de Haes

Le cheval blanc.
...Après un long moment d’attente, une jeune femme arpenta sans équivoque le trottoir d’en face. Elle guettait un hypothétique client.

A minuit dix arrivait le dernier tramway du centre-ville, amenant quelques gaillards en goguette ou des permissionnaires désœuvrés. Il était bien rare qu’elle ne se faisait pas quelque argent avec l’un des voyageurs. Quand ce n’était pas avec le wattman ou le receveur qui oubliait de reprendre de suite, la direction du dépôt.

Bientôt, le crissement des roues du tram sur les rails se fit entendre. Elle s’approcha lentement du terminus afin de bien se montrer et de pouvoir racoler sans trop crier. Mais la motrice était vide : ce soir, elle rentrera plus tôt. Comme à son habitude, elle échangea quelques mots coquins avec le mécanicien qui inversait le sens des perches. Puis, elle s’esquiva rapidement en trottant vers le square, saluant l’employé des transports qui actionnait l’aiguillage pour que sa machine reparte en sens inverse en changeant de voie. Sa manœuvre accomplie, le conducteur remit sa voiture en marche et démarra. Chemin faisant, il lorgnait la jeune femme qui marchait à droite, le long du caniveau lorsque soudain, il vit une masse blanche surgir de la nuit. L’apparition s’élança sur la jolie fille, la bouscula et la précipita sur la voie où s’engageait alors la lourde mécanique. Malgré de bons reflexes, le pilote ne parvint pas à stopper son engin. Un choc sinistre. Une forme humaine gisait sous le boggie avant dans une mare de sang.

Des bruits de sabots ferrés s’éloignaient lentement dans les ténèbres...

© Patrick Cousin de Haes - Studio Live Editions 2008

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'en ai froid dans le dos !!!
Tristesse ! désespoir !!horreur !!!